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L'ombre D'au Clair

  • : Au clair de la lyre
  • : Textes littéraires, portraits d'auteurs, critiques de livres, nouvelles, chansons, poèmes, roman, récits de voyages, les publications de votre année de naissance et la rubrique Lu et entendu recemment.
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Au clair de la lyre

   

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"Votre âme est un paysage choisi

Que vont charmant masques et bergamasques

Jouant du luth et dansant et quasi

Tristes sous leurs déguisements fantasques"


 

Paul Verlaine, Fêtes galantes.   

   

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               Bienvenue dans ce refuge littéraire,
               Toi, voyageur, explorateur ou simplement égaré,
               Des romans, des poèmes, des nouvelles, des chansons,
               Des auteurs, des chanteurs ou tous autres écrivains…
               Tu te trouves, ici, dans le coeur
               De ceux qui aiment, de ceux qui vivent
               Dans un autre univers, parallèle et nuageux.
               Un monde onirique, imaginaire, fantasmé
               Un espace crée pour continuer de rêver…

                                                

3 octobre 2007 3 03 /10 /octobre /2007 10:00

                                      pantin4.gif

Orphée ne savait pas de quel spectacle on lui parlait. Il rêvait à sa vie passée, à ses problèmes et ne vit pas Christian partir.
Il regarda autour de lui. Sa vue se brouillait. Il ne savait pas combien de personne il restait dans la pièce mais des hommes autour de lui s’affairait. Il semblait débarrasse la pièce, la transformer. Peut-être une autre réception ?
S’il attendait…
« Tu viens Orphée ? Tu rêves ? Lui lança, la voix de Christian, d’un endroit qu’Orphée n’avait pas encore identifié. » Il la suivit tant bien que mal, sans savoir où elle le mènerait.
La pièce d’à côté surprit Orphée. Lorsqu’il entra, ses yeux aperçurent des rangées entières de fauteuils rouges. En bas une scène petite mais étrangement imposante trônait au centre de l’édifice.
« Viens Orphée, tu vas m’aider ce soir ! »
L’autre, pas vraiment étonné, comme s’il avait attendu ce moment depuis le début de la soirée, lui demanda ce qu’il attendait exactement de lui.
« Quand je t’appelle, tu viens. Tu seras Pygmalion ce soir ! Voilà, c’est très bien ça. Et tu verras, tu verras, ce soir ! »
Orphée n’avait jamais vu Christian si excité. Il ressemblait à un enfant qui attend le père noël depuis des jours et s’apprête à veiller toute la nuit pour l’apercevoir quelques secondes.  
« On se voit après le spectacle, tu me donneras tes impressions, ajouta t’il en piaillant d’impatience.
-C’est toi alors qui monte là ? Mais tu fais quoi au juste ?
-De la magie, Orphée ! Je suis Pandore le Grand Magicien !
Mais Orphée n’en croyait pas un mot. Il pensait que Christian voulait simplement l’angoisser, lui en mettre plein la vue. Il savait que c’était un beau parleur.
Assis au premier rang, sur le côté, au cas où, il attendait, impatient et sceptique, le début du spectacle ; Pour voir. Bientôt la lumière s’éteignit et le show man apparut dans la lumière tamisée de la salle obscure. Une question surgit à cet instant dans son esprit égaré et troublé par les verres d’alcool ingurgité tout à l’heure. Pygmalion, cette statue, qui c’était vraiment? Car, s’il connaissait un peu l’histoire de cette statue, il n’aurait pas pu dire ce qu’il lui était arrivé…Ni dans quel but Christian lui avait donné ce nom de scène…
Bien sûr, il pensait pouvoir lui demandé et, en attendant s’installa sur un des nombreux sièges rouges. Il choisit une rangée assez éloigné pour ne pas se sentir acteur du spectacle mais assez proche pour ne pas se faire remarquer lorsqu’il monterait sur scène. Inquiet, Orphée attendit. Il ne savait pas quand Christian lui demanderait de monter sur scène ce qui ne manquait pas d’augmenter son angoisse. Une boule dans le ventre semblait grossir, prendre de l’importance et envahir tout son corps. Peu à peu, terrassé par ce sentiment nouveau, il se prostra et s’enfonça lentement au fond de sa coquille rouge.
Et le moment arriva.

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1 septembre 2007 6 01 /09 /septembre /2007 13:09
                        Le Magicien- La lampe                          



                                      CHAPITRE 6
 
 
Orphée fut déçu. C’était les mêmes, ces gens fades, aux sourires figés, froids, sans humanités, des pantins oubliés là par quelqu’un qui n’en voulait plus, lassé de leurs jérémiades sans fin, de leur inutilité, de leur petitesse. Orphée, en arrivant, eu envie de vomir sur cette foule disparate et inutile aux regards perdus dans le vide de ces grandes salles éclairées par des lustres modernes.
Ce soir là, beaucoup de monde le reconnut. Il serrait les mains, un sourire figé pendu à ses lèvres fines. Lui ne voulait pas de ces mots compatissants et admiratifs sans aucun sens, puants la suffisance et même la souffrance, souvent.
Lui voulait connaître, rencontrer, partager. Quoi, il ne savait pas, il n’avait plus rien à donner. Il voulait juste prendre, s’emparer, remplir sa vie de celle des autres. Jusqu’ici, il n’avait rien appris. Il avait eu une enfance heureuse. Rien. Il avait voyagé pour s’émanciper. Rien. Il avait connu le haut des podium, la vie soi-disant exaltante de ceux qui n’ont plus rien à prouver. Rien. Il avait trouvé une femme amoureuse, prête à tout pour lui. Aujourd’hui, il en avait une autre, prête à tout également et assez futile pour le laisser exister. Rien.
Comment faire, comment remplir sa vie ? Que lui manquait-il ? Quelle substance, quelle essence lui avait échappé. A cause de quoi était-il passé à côté de tout cela, de ses propres évènements, de sa propre vie.
Il avala, d’une seule gorgée, le contenu du verre qu’il tenait dans sa main. L’effet fut immédiat. Il sentit des larmes piquer ses yeux. Mais il ne broncha pas et, courageusement, les retint, se forçant à continuer de poser son regard sur la foule de ceux qui, ici et là, papotaient joyeusement. Puis, il se resservit, encore et encore. Les bruits autour de lui, peu à peu, s’éloignaient. Ses yeux s’embuèrent mais il luttait. Il luttait pour comprendre, pour savoir. La faille. Une faille enfouit au fond de lui, se terrant, silencieuse et perverse.
« Orphée, toi qui est écrivain, tu dois connaître Balzac, non ? Bertrand se demandait si tu n’avais pas des infos sur lui. Moi, je connais bien La peau de chagrin. Tu l’as lu, toi ? » Christian s’amusait, riait, dominait la foule, la tançait et la menait dans une danse frénétique qui ne concernait plus, depuis longtemps, Orphée.
" Viens Orphée, viens, le spectacle va commencer ! "


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21 août 2006 1 21 /08 /août /2006 15:04
                               
Orphée préféra changer le sujet de la conversation : il avait peur de ne pas être à la hauteur face à ce personnage haut en couleur et si sûr de lui :
« C’est tes habits de soirée ?
Oui…Et je t’ai amené ça. A moins que tu aies ce qu’il faut dans ton sac à dos ?
-Dans mon sac à dos, répondit Orphée, songeur, j’ai un sac de couchage…Je ne savais pas si tu avais de quoi dormir…Et des habits pour demain. Mes tenues de soirée, je n’en veux plus.
-Pas de problème, prends ça alors. Pour dormir…on verra ça plus tard, je regarderais, on n’en est pas là…Et Christian lui sourit. Un sourire étrange, forcé, presque narquois mais aussi compassionnel. Allez, enfile ça et vient, la salle de bain est au fond, à gauche.
Orphée, un peu perdu, s’éloigna dans le couloir. Il ne savait pas où il allait. Cette situation l’excitait et l’inquiétait. Mais il aimait ça. Il remettait son destin entre les mains de Dieu ou de personne…Mais lui, n’en voulait plus. Il n’arrivait plus à maîtriser les évènements, ses problèmes, sa vie. Alors, peu importait où il irait, peu importait après tout. Son guide, se soir-là, s'appelait Christian. Et, il le mènerait où il voudrait...
 

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21 mai 2006 7 21 /05 /mai /2006 13:20
 
Ils montèrent tous deux les escaliers jusqu'à une petite porte située dans un renfoncement entre deux murs étroits. Mais, lorsque Christian ouvrit la porte, Orphée découvrit un grand hall avec plusieurs bibliothèques sur les côtés. Les murs de pierres s'accordaient parfaitement avec les poutres brutes, couleurs chênes, apparentes. Un lustre diffusait une lumière tamisée. On pouvait apercevoir, au fond à droite, une ouverture qui laissait entrevoir la lumière crue du soleil.
« Tu m'avais dit que c'était petit ici ? 
-Attends de voir les autres pièces, tu vas comprendre? »
Et, en effet, autant le hall d?entrée était vaste, autant la cuisine, le bureau et les chambres paraissaient exigus. Le salon était un peu plus grand. Ce dernier jouxtait une grande terrasse qui surplombait les toits à laquelle on accédait par une petite porte en bois.
Orphée s'assit, presque timidement, sur un des fauteuils en cuir noir autour d?une belle cheminée, haute et large, à l'ancienne, qui fumait encore. Une odeur de cendres et de bois flottait dans l'air et semblait ne jamais devoir en sortir.
« Qu?est-ce que tu rends ?
-Ce que tu as. Ne t'embête pas, j'aime tout?
-Je te prépare un Pilou maison alors.
-Un Pilou ?
-Tu verras. En attendant, tu peux jeter un ?il à la bibliothèque, si tu as envie. Je ne sais pas si tu aimes lire mais tu trouveras peut-être ton bonheur.
Après le départ de Christian, Orphée se leva, se dirigea vers le hall, lentement et observa les grandes étagères. Les livres semblaient relativement anciens. Les éditions brochées côtoyaient les poches. Les ouvrages, trop nombreux, dépassaient de tous côtés contrastant avec l'aspect bien net et ordonné de Christian. Celui-ci, apparemment, avait tenté d'y mettre de l?ordre en rangeant les livres sur deux rangées mais, rien à faire, les livres, trop à l?étroit, débordaient, tentaient désespéramment, sans succès, de s'échapper de ce trou à rat. La sombre bibliothèque suintait. Et, plusieurs livres, encore, attendaient leur tour sur un guéridon nappé de blanc. Orphée attrapa l'un d'eux, en haut de la pile et lut le titre : L'Identité de Milan Kundera. Puis, un suivant, Crimes et châtiments de Dostoïevski. Ces ouvrages, il en avait entendus parler mais n?avait malheureusement jamais pris le temps de les lire. Oui, malheureusement car aujourd?hui, il aurait bien voulu savoir ce qui se cachait derrière Christian, cet homme qui paraissait si perdu et, dans un même temps, si déterminé?
Orphée n?avait pas eu le temps de lire les cinq premières pages de ce dernier ouvrage quand Christian revint, une vieille cafetière fumante dans une main et deux petites tasses en gré dans l?autre.
« Elle te plait, ma bibliothèque ?
-Elle n?a pas l?air aussi ordonné que tu sembles l'être mais, apparemment, il y'a des livres intéressants, tu as bon goût.
-N?est-ce pas ? Mais ne te fis pas au désordre : il n'est qu'apparent?Et toi, tu lis quoi ?
-Des romans surtout, quelques essais, parfois, sur la littérature.
-Et à part les livres, tu n'as pas autre chose, une passion, des désirs ?
-Mais il y'a tout ça dans les livres !
-C'est juste, c'est juste, ajouta Christian, pensif. »

 

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24 février 2006 5 24 /02 /février /2006 22:36
CHAPITRE 5 
 
Orphée le rejoignit le soir même dans un petit café du dix-neuvième.
« Tu vois, là, au-dessus, c’est chez moi. Au cinquième. Tout à l’heure, je passerai me changer. Tu verras, c’est pas un appartement très grand, j’y passe peu de temps en vérité mais j’y entrepose surtout toutes mes affaires. Il y’a un bureau pour travailler, une petite cuisine, qui me sert très peu. C’est un lieu de passage, une annexe, en quelque sorte. Rien à voir avec ta jolie maison… Tu pourras commencer l’apéro, si tu veux.»
Orphée bouillonnait. Il était excité comme à un enfant qui est autorisé pour la première fois à sortir tout seul de chez lui. Il avait connu beaucoup de soirées people jusqu’ici mais, malheureusement, il s’était très vite aperçu qu’il n’y avait rien de plus conventionnel et traditionnel que ces sorties organisés pas de grandes boîtes de commerces qui ne voyaient en eux qu’un moyen de plus de se faire de l’argent. La télé-réalité, il avait connu bien avant l’heure. Là, il commençait à se sentir libre, à comprendre cette sensation d’étouffement dont il ressentait les effets jusque dans sa propre salle de bain, à trois heures du matin, après s’être discrètement échappé de la horde de journalistes, présentateurs, acteurs, chanteurs qui ne songeaient qu’à leur apparence et à la caméra qui ne manquait jamais de les suivre.
Il respirait, regardait autour de lui, vérifiait que personne ne le suivait. Non, il était bien là, anonyme, léger comme l’air et libre de vivre ce qu’il voulait.
Il se souvint de son enfance, accroché aux jupes de sa mère puis son éternel adolescence dont il ne put se débarrasser qu’au prix d’un déchirement familial et d’un long voyage au bout du monde. Alors, pourquoi, à ce moment-là, n’avait-il pas connu ce si précieux sentiment de liberté ? Peut-être, n’était-il pas près, psychologiquement à se lancer dans le vide, à éprouver cette montée d’adrénaline face au sentiment d’infini. Est-ce qu’il pourrait assez loin, aux confins de l’horizon, pour résoudre l’énigme et enfin retrouver sa femme ?
Perdu dans ses pensées, il n’avait pas vu le temps passé. Installé devant la vitrine du café, il prenait conscience que la foule passait devant ses yeux sans jamais s’arrêter, sans discontinuer.
« On y va ? Lui lança Christian ?
-C’est parti, répondit Orphée. 

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20 janvier 2006 5 20 /01 /janvier /2006 22:54
Il se retourna et interpella l’écrivain :
-Monsieur Linseuil, ça vous intéresserait de m’accompagner ce soir à une réception ?  Un de mes amis, écrivain à ses heures, devrait y’être. Vous devriez venir, ça vous changerait les idées. De cette façon, je pourrai vous montrer que je ne suis pas le grand méchant loup que je parais être mais simplement un jeune homme comme vous qui a aussi un cœur.
L’écrivain n’en revenait pas. Cet homme, impassible il y’a encore quelques minutes à tout ses problèmes, l’invitait maintenant à une réception ! Il pensait avoir un mur face à lui un fonctionnaire, abêti par un concours et une formation d’agent public assermenté à harceler et enfoncer les pauvres gens déjà assommés et, d’un coup, il voyait ce trentenaire, certes pas très expressif, mais finalement pas si éloigné de lui. Car, s’ils avaient visiblement le même âge, il retrouvait aussi chez cet homme une soif de réussir qui ressemblait beaucoup à la sienne. Alors, que lui proposait-il là ? Pourquoi l’inviter, lui, qu’il connaissait à peine ? Qu’est-ce que cachaient ces sentiments soudains ? Mais pourquoi refuser ? Aller voir. Découvrir un autre univers, Mais, était-ce vraiment gratuit ? Pourquoi cet homme lui faisait cette offre ? Parce qu’il était connu. Il serait alors montré encore une fois comme une bête de foire, comme un outil de marketing. Il le savait, si ses romans ne lui rapportaient plus rien, lui-même avait encore un peu de valeur. Les gens se souvenaient vaguement de sa tête. D’ailleurs, il aurait pu présenter la météo, le loto ou une quelconque émission de radio. Il aurait pu mais il n’était pas question qu’il s’abaisse à ces pratiques communes. Même dans l’adversité, il restait digne. Parce que l’écrivain en avait vu d’autres. Il ne croyait pas aux bons sentiments de l’inspecteur. Trop belle pour être vrai cette soudaine compassion. Mais il était seul. Désespéramment seul. Alors, la mort dans l’âme, il accepta, en se mordant les lèvres, d’accepter un rendez-vous qu’il n’avait pas lui-même fixé. Mais que pouvait-il lui arriver de plus. Non, au contraire, il allait voir. Plonger dans ce nouveau monde qui s’ouvrait à lui. Avec le désespoir d’un homme ruiné par le chagrin. Ce qu’il allait trouvé là-bas ne pouvait pas être pire que ce qu’il avait connu jusqu’ici.
A présent sûr de sa décision, il accepta l’offre de l’inspecteur : 
-J’accepte votre proposition. Au fait, maintenant, vous pourriez peut-être me dire comment vous vous appelez.
-Je m’appelle Christian et vous ?
-Orphée.
 

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16 décembre 2005 5 16 /12 /décembre /2005 15:42
                             
                                           
 
-Et ben, allez-y, vous gênez pas, fouillez, de toute façon, il ne reste plus rien ici !
-Bon, calmez-vous et ne vous inquiétez pas, on va s’y atteler. Si, en effet, vous n’avez plus rien, les vérifications prendront très peu de temps. En attendant, détendez-vous et amenez-moi tous vos papiers. Et arrêtez de déprimer »
L’inspecteur avait déjà l’habitude de ce genre de comportement mais il s’en amusait encore. Et là, il s’agissait, lui semblait-il, d’un véritable spectacle. Ou cet homme avait de talents d’acteurs insoupçonnés ou  il avait vraiment un problème. Mais il était certain que cet écrivain lui cachait quelque chose. Ce truc qui clochait l’attirait. Il souhaitait en savoir plus.
« Alors vous avez perdu votre femme récemment ?
-Oui…
-Mais, vos problèmes d’argent, ça date d’avant ou d’après le décès de votre femme ?
-Attendez, je ne sais même pas si elle est morte. Si ça se trouve, à l’heure où je vous parle, elle est aux Bahamas…
L’écrivain continua sur sa lancée : disons qu’avant ce n’était déjà pas brillant. Après, j’ai définitivement coulé.
-Mais, cette maison, elle est à vous ou pas ?
-Excusez-moi de vous dire ça, monsieur l’Inspecteur, on m’avait prévenu, mais je ne pensais pas que vous pouviez être à tel point charognard ! Oui, cette maison est à moi et prenez-là si vous voulez : je m’en fous !
-Vous vous en foutez ? Vous êtes bien le premier à vous foutre d’une maison de cette valeur !
-Non, pas quand ce premier a perdu sa femme, sa vie…Ses yeux s’embuèrent mais les larmes n’apparurent pas. Non, il ne voulait plus rien dévoilé aujourd’hui.
-Très bien, Monsieur Linseuil, merci pour le café. Cette discussion m’a permis de mieux comprendre le problème : elle fut très intéressante. Un bon premier contact. Je vais y’aller mais nous seront très vite amenés à nous revoir, Monsieur Linseuil. A bientôt.
-C’est ça, à jamais, murmura l’écrivain !"

L’Inspecteur ne se formalisa pas de cette remarque qu’il connaissait aussi par cœur. Mais ce qui l’étonna plus, ce fut le ton employé par cet homme. Un timbre particulier, rauque, comme venue d’ailleurs, d’un lieu qu’il ne connaissait pas encore. Alors, l’Inspecteur ouvrit la porte, fit quelques pas, arriva au portail, l’ouvrit mais ne le referma pas.

 

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3 décembre 2005 6 03 /12 /décembre /2005 00:00
 
   L’inspecteur s’empressa d’accepter car il savait que l’écrivain ne le lui proposerait pas deux fois. D’autant plus qu’hier soir il était sorti assez tard. Il n’avait pu s’empêcher de faire une tournée des bars, là où il savait qu’il trouverait toujours un ami, une connaissance. Il était encore jeune et ses amis ignoraient la nature de son travail. Il leur cachait et prenait beaucoup de précautions pour qu’ils ne l’apprennent jamais. Non pas qu’il ait honte de son métier mais il lui semblait incompatible avec sa vie de noctambule. Et cette double facette n’était pas pour lui déplaire, bien au contraire. Il avait le bonheur, disait-il aux rares initiés, de connaître deux vies totalement différentes qui lui donnaient toutes deux satisfaction. Il ne voulait rien changer mais il reconnaissait cependant que tout ça demandait beaucoup d’énergie. Il était donc heureux mais souvent fatigué voire stressé.
Mais, à cet instant, l’inspecteur nageait dans le bonheur. Bien sûr, il se gardait bien de laisser paraître quelconques émotions devant son client. Mais tout représentant de l’Etat qu’il était, il n’en restait pas moins un fan impressionné par le talent de celui avec qui il discutait tranquillement ce matin en buvant son café.
Mais l’écrivain, lui, restait sur la défensive. Il ne parvenait pas à se détendre. Son visage était tendu, son corps penché en avant comme pour mieux en découdre avec cet homme qui s’installait tranquillement chez lui alors que bientôt, il le laisserait sur la paille. Non, décidément, on ne pouvait pas parler avec un homme comme lui. De toute façon, pour exercer un tel emploi, il fallait une case en moins ou une haine viscéral envers l’Homme. Il eut soudain l’impression d’être un pigeon qui cherchait désespérément à se maintenir en l’air tandis qu’un peu plus loin retentissait une voix venant de nulle part, ou peut-être de l’enfer : PULL ! Et ce chasseur voulait soi-disant parler, comme si de rien n’était ! Certainement, cherchait-il à en savoir plus sur lui, sur sa vie et son argent. Alors là, il ne serait pas déçu…
" Ecoutez : je n’ai plus rien ! Comment je dois vous le dire pour que vous compreniez ? Et c’est pas la peine de demander à ma femme, elle est persuadé que j’ai toujours autant d’argent et que je suis juste déprimé.
-Monsieur Linseuil, vous étiez, quoique vous puissiez me dire, un écrivain à succès. Vos premiers romans continuent d’ailleurs à très bien se vendre…
-Du vent tout ça ! s’écria l’écrivain. J’ai tout perdu !
-Ce n’est pas possible !
-Mais si, comment vous croyez que je vivais aussi bien : j’avais une porche, une cinquantaine de costumes, je mangeais tous les jours au restaurant. Mais vous croyez qu’on gagne autant en écrivant ? Vous le savez comme moi, ça coûte très cher tout ça ! Il fallait bien les suivre toutes ces starlettes, au restau, en boîte, en vacances…Je m’en sortais, je ne peux pas dire le contraire : j’empruntais et je remboursais. Puis, la disparition de ma femme, les frais d’avocats, plus de livres, plus d’inspiration, plus rien…
-Non, je ne peux pas croire ça."

 

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20 novembre 2005 7 20 /11 /novembre /2005 00:00
 
                                                          Le Magicien sur Au clair de la lyre
Chapitre 4
L’écrivain entendit retentir la sonnette. Il n’avait envie de voir personne. Trop occupé à observer les trous laissés par les photos dans les albums de famille. Il ne savait pas où était sa femme. Elle ne lui disait plus rien ses derniers temps. Même s’ils étaient toujours censés être ensemble, il ne se parlait plus. Ils s’étaient aperçus qu’ils n’avaient, en fait aucun point communs mais ils continuaient pourtant à s’apprécier. Seulement l’admiration, la nouveauté avait laissé place à une routine angoissante. Ils cherchaient donc à vivre leur propre aventure chacun de leur côté. Ainsi pourrait-ils se redécouvrir un jour …Sa femme ne supportait plus de le voir dans cet état et elle avait abandonné tout espoir de le ramener à la vie. Elle le laissait dans ses souvenirs sans espoir. Pour elle, il était perdu. Tout au plus pourrait-il un jour sortir un livre médiocre ou sortir de nouveau de sa bulle pour reprendre une vie passable. Lui se demandait toujours comment oublier, comment reprendre sa vie là où elle s’était arrêtée. Tout recommencer. Son regard était vide, son visage sans expression et il ne pensait qu’à écrire sur son ancienne femme : la faire revivre par les mots. Mais, plus il approchait de la réalité, plus elle reprenait vie, plus il pleurait. Il s’enfonçait, le sentait mais impossible de sortir de sortir de ce cercle vicieux… L’écrivain s’extirpa donc de son canapé et se dirigea vers la porte. En ouvrant, il fut surpris par ce nouveau visage. Un homme jeune, châtain clair, le sourire aux lèvres. Il portait un jean bleu clair et une chemise noir. Les épaules n’étaient pas larges. Un peu comme les siennes. Et il avait beaucoup de charmes. Quelque chose dans son visage de beau et d’heureux. Une seule ride, en haut du front, trahissait quelques préoccupations.
« Bonjour, Clément Lefont, Inspecteur du FISC. Vous êtes bien Monsieur Linseuil ? »
L’écrivain le regarda fixement. Un brusque retour à la réalité :
« Qu’est-ce que vous me voulez. Vous devez bien savoir que j’ai plus rien !
-Pourquoi, vous êtes à la rue ?
-Non…
-Alors, laissez-moi entrer, s’il vous plait. On va discuter de tout ça…
L’écrivain laissa la porte ouverte. Il n’aurait pas pu faire autrement. Passif, il resta un moment à regarder dehors avant de la refermer.
-Je suis juste ici pour vérifier qu’il n’y a aucun problème dans vos comptes. Si vous avez tous les documents, je devrait avoir vite terminé…Vous ête écrivain, c’est ça ?
-J’étais écrivain.
-Vous n’écrivez plus ?
-Non, j’y arrive plus !
-Vous savez que je vous connais ? J’adore ce que vous écrivez !

-Eh bien, il me reste au moins un fan ».  Mais, visiblement, l’écrivain n’était pas convaincu par la déclaration d’amour de l’inspecteur. Mais bien qu’il chercha à écourter la conversation, il lui proposa quand même de passer au salon et de boire un café. Il n’avait pas particulièrement envie de passer du temps avec cet homme mais, en ce moment, il voyait rarement du monde. Il aurait bien discuté un instant du temps, de l’actualité, de tout et de rien comme le font deux amis le matin devant un café chaud.

                                                           

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10 novembre 2005 4 10 /11 /novembre /2005 00:00
Le Magicien sur Au clair de la lyreL’écrivain en ressortit vite. Mais, désormais, il avait des cernes sous ses yeux bleus. Le visage tombant, abattu, il paraissait dix ans de plus.
Mais il ne se laissa pas abattre. Il s’empressa de reconstruire sa vie. Il n’essaya pas d’oublier sa femme mais il tenta d’imaginer qu’elle était partie ailleurs. Avec toutes ses affaires et leur passé. Il se disait qu’elle devait vivre heureuse dans une autre région, un autre pays, une autre vie. Lesquels ?
Il était hanté par cet après-midi de lecture et ce bout de tissu coloré qu’il conservait toujours sur lui, dans une poche, près de son cœur. Peut-être dans l’espoir de retrouver un jour la robe, de recoudre la pièce et de tirer sur un fil qui le mènerait jusqu’à sa femme qui vivait avec un homme au bord de la mer ou d’un étang en hiver. Un endroit qu’il ne connaissait pas mais qui le répugnait déjà par son hostilité, sa noirceur. Peut-être…Il aurait voulu s’expliquer avec elle, la comprendre, l’aimer. Il ne lui en reprochait pas d’être parti mais il lui en voulait de n’avoir laissé aucune trace de son passage dans sa vie. Est-ce qu’il l’aimait encore, d’ailleurs? Car, aujourd’hui, c’est son absence qui le rendait amoureux. Avant, il la délaissait, maintenant, il l’adorait. Ce qui le rendait fou, c’était d’avoir conscience de n’aimer que ce manque. Et si elle revenait ? Est-ce qu’il l’aimerait elle, l’image qu’il s’était fait d’elle pendant son absence ou ne la regarderait-il plus ? Ses doutes le rongeaient. De toute façon comment reprocher quelque chose à quelqu’un qui n’existe plus…Car, il doutait sans cesse : vivante ou pas ? Il essayait de capter des ondes, une forme de présence comme s’il pouvait ressentir son essence. Mais était-elle partie. Il se réveillait en sursaut en hurlant…
Il eut le courage pourtant de recommencer sa vie. Essayer d’oublier avec une autre trouvée sur un plateau télé. Elle comprenait mieux sa vie, le suivait en déplacement et comprenait qu’il rentre tard. Elle le comprenait même peut-être un peu trop…
Mais le temps avait passé. Son aventure avait fait les grands titres pendant quinze jours. Les ventes s’étaient envolées. Puis, plus rien. Suite à la disparition de sa femme, il n’avait pas continué les lectures. Le bouche à oreille sur la qualité du livre, sur sa lecture désastreuse avait fait le reste. Lui, le jeune écrivain prodige, à grands succès, à l’avenir prometteur s’était écroulé tel un pantin désarticulé. Ce n’était même pas sa faute. Juste le destin qu’il lui jouait son premier tour. Qui le faisait virevolter comme une feuille morte qui tomberait d’un chêne majestueux.

Il s’était arrêté d’écrire. Parce que chaque mot lui rappelait sa femme. Parce qu’il n’avait plus rien à dire. Ou juste : rendez-moi ma femme. Et même ça, il n’en était plus vraiment sûr. Bientôt, les cauchemars sur sa femme furent remplacés par ceux de la page blanche. Car il fallait bien vivre ou essayer d’oublier pour survivre. Il essaya donc d’écrire sur sa femme, sa disparition. Epuisé par les larmes et les doutes, il se résigna à écrire sa propre biographie.

 

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