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L'ombre D'au Clair

  • : Au clair de la lyre
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Au clair de la lyre

   

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"Votre âme est un paysage choisi

Que vont charmant masques et bergamasques

Jouant du luth et dansant et quasi

Tristes sous leurs déguisements fantasques"


 

Paul Verlaine, Fêtes galantes.   

   

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               Bienvenue dans ce refuge littéraire,
               Toi, voyageur, explorateur ou simplement égaré,
               Des romans, des poèmes, des nouvelles, des chansons,
               Des auteurs, des chanteurs ou tous autres écrivains…
               Tu te trouves, ici, dans le coeur
               De ceux qui aiment, de ceux qui vivent
               Dans un autre univers, parallèle et nuageux.
               Un monde onirique, imaginaire, fantasmé
               Un espace crée pour continuer de rêver…

                                                

14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 08:05

 

Depuis quelques temps, j’ai un nouveau travail. J’enregistre des avis de décès. Je sais qui est mort. Le jour et le lieu. Celui qu’il ou elle a été. Un homme ou une femme connue peut récolter jusqu’à environ cinq ou six avis d’obsèques dans la journée. Moi, je les reçois tous et je les compile afin qu’ils paraissent tous dans le journal du coin. Sans exception.

Il y’a les gens normaux, ceux qui sont comme vous et moi. Sans importance. La famille leur rend un dernier hommage, dans le journal. Leurs quinze minutes de gloire. Celles qu’ils ont cherché toute leur vie : elles sont là. 110 euros cinquante. Pour être dans la liste de ceux qui sont morts aujourd’hui. Et moi, je compile. Et je m’en fous. Ce qui m’importe c’est les sous qui rentrent en bonne et due forme. Pire que le poinçonneur des Lilas. Parce que, le soir venu, je dois rendre des comptes à mes chefs. Plus vous avez fait de choses dans votre vie, plus il y’a de lignes, plus ça nous rapporte. Commandant de la légion d’honneur : plus 20 euros. Adjudant-chef du 121ème régiment : plus 20 euros. Frère des prêtres de la compagnie du sapin : plus trente euros. Moi, je survis, les actionnaires s'enrichissent et vous, ou votre famille, vous morflez. Tués deux fois, par la faucheuse et le capitalisme  Toute la journée, je hais ces gens qui ressentent le besoin de dire qu’ils ont existé. Et pourtant, je pleure avec ces familles qui ont tant aimé et qui encore aujourd’hui regrettent de ne pas leur avoir assez dit.

Mon nouveau travail est bizarre parce que d’un côté j’ai des gens immensément peinés et de l’autre des pompes funèbres qui rient avec nous pour oublier ces gens si tristes qui ne nous concernent pas mais nous rappellent tous les fantômes qui nous hantent.

Je n’ai jamais autant vécu qu’ici. Peut-être parce que nous savons à quel point notre boulot est vain. Les morts sont si vite enterrés ! Tout doit être plié le jour des obsèques. Après, ça n’a plus d’importance, plus de valeur. Rien de plus capitaliste qu’un enterrement. « Un devis ? » Evidemment, nous faisons les devis. « C’est trop chère ? J’en suis vraiment désolé –on n’est jamais trop mièvre face à une famille de radins éplorés- Cent dix euros, cinquante, c’est le moins chère, madame. Eh oui, c’est dans ce département que les prix sont le plus élevés ! Oui, je suis tout à fait d’accord, Il aurait dû mourir dans le Larzac parce que, là, cinquante euros et c’était plié ! »

 

Ça fait deux mois que je travaille dans ce greffon de pompes funèbres et chaque jour je hais ces morts qui n’y sont pour rien mais qui m’ont offert un boulot que j’exècre ! Je préfèrerais être au chômage au lieu d’entendre toutes ces familles qui me demandent une réduction du prix de l’avis d’obsèques parce que nous avons oublié une lettre à leur putain de nom de famille. Mais 1300 euros par mois, ça ne se refuse pas ! Alors, je continue, chaque jour que Dieu fait, à les haïr en silence, en priant qu’elles ne s’en rendent pas compte quand j’ai confondu leur avis d’obsèques avec leur remerciement… Avé Maria mes actionnaires, mes clients et autres patrons aux dents longues !

 

Et en hommage au visionnaire Hubert Félix Thiéfaine ainsi qu'à mon fabuleux nouveau boulot :

La maison Borniol

 

 

Hé y'a quelqu'un 
Oh y'a quelqu'un 
C'est moi Borniol 
Et je viens livrer le cercueil 
Si vous m'payez un coup d'alcool 
Ben moi j'vous fais les clous à l'oeil 
Ouais c'est moi, Borniol 
Service rapide et je contente 
Même la veuve du guignol 
Vu que je fais le service après-vente 

Les temps sont durs 
C'est pas mariole
Vivement que revienne le choléra 
Je pourrai changer de chignole 
Et me payer le cinéma 
Et si le choléra marche bien 
Je pourrai faire des folies 
J'agrandirai mon magasin 
Et je prendrai des apprentis 

Je serai la maison Borniol 
Le supermarché de la mort 
Cercueils à fleurs pour les pauvres mômes 
Et à roulettes pour les vieillards 
Je serai la maison Borniol, Borniol, Borniol 
Maison Borniol, maison Borniol 
Bières, cercueils, catafalques 
Maison Borniol, maison Borniol 
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Maison Borniol, maison Borniol

 

 

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